Tendances

Vers la fin de l’acte de paiement ?

Publié le 8/02/2018

Supprimer la dernière friction lors du parcours d’achat. Marques et enseignes multiplient les solutions pour rendre l’acte de paiement aussi fluide et transparent qu’un règlement avec Uber. Conséquence : l’argent liquide disparaît. Même l’Église imagine désormais le paiement sans contact pour la quête.

1Depuis septembre 2017, Amazon n’a plus l’exclusivité du paiement en 1 clic

Cela peut aujourd’hui sembler incroyable, mais en 1997, Amazon avait réussi à déposer aux États-Unis le brevet d’achat en 1 clic. À l’époque, l’entreprise n’est encore qu’une simple librairie en ligne, mais elle a l’idée de simplifier le processus de paiement sur Internet. Alors que les autres e-commerçants proposent des procédures fastidieuses, nécessitant de remplir un formulaire pour chaque commande, Amazon permet à ses clients d’enregistrer toutes les informations une fois pour toutes et d’acheter en 1 clic. Il n’y a pas d’innovation technologique, le process repose sur des cookies, mais l’administration américaine accepte d’enregistrer le brevet « 1-Click ».

Amazon prend alors non seulement une longueur d’avance en simplifiant l’expérience d’achat, mais se voit légalement protégé de toute imitation. En 1999, par exemple, son principal concurrent, le libraire Barnes & Noble, lance à son tour un système d’achat en 1 clic, mais Amazon attaque et l’enseigne doit faire machine arrière. Un an plus tard, Apple qui veut introduire ce type de service sur son site ainsi que sur iTunes doit se résoudre à payer une redevance à Amazon.

Au bout de 10 ans, ce brevet vient d’expirer aux États-Unis, marquant là-bas le début d’une nouvelle ère pour la généralisation des paiements rapides en ligne. Et chez nous ? L’office des brevets en Europe (OEB) a toujours refusé d’accorder à Amazon un quelconque droit de propriété sur cette idée, rappelle BFM Business. « Le Conseil ne considère pas que l’idée de réduire le nombre de mesures nécessaires pour passer une commande constitue une invention », assurait l’OEB dans une décision de 2001 réitérée en 2011.

Simplifier la vie du consommateur et lever toute friction au moment de l’achat. C’est toujours la ligne de conduite d’Amazon, que l’on retrouve dans son magasin sans caisse Amazon Go, permettant d’acheter un article simplement en le saisissant en rayon pour repartir avec.

2Caddie veut révolutionner la manière de faire ses courses

De nombreux acteurs sont sur les rangs pour faire émerger en magasin de nouveaux parcours d’achat plus fluides. Fondés il y a 90 ans, Les Ateliers Réunis Caddie veulent par exemple « donner de l’intelligence au chariot », selon l’expression du PDG, Stéphane Dedieu, cité par Les Échos. L’entreprise, qui a surmonté d’importantes difficultés au début de la décennie, s’est alliée à deux startups pour mettre au point une solution baptisée Caddicom, qui devrait être déployée d’ici 18 mois.

Couplée à une application mobile et dotée d’intelligence artificielle, cette future génération de Caddies sera capable, grâce à un système de reconnaissance 3D, d’identifier les produits placés dans le chariot. Dès lors, plus besoin de passer en caisse : le paiement se fera automatiquement grâce à une carte bleue associée à l’appli. Rendre le Caddie intelligent permettra aussi aux enseignes de communiquer en temps réel avec leurs clients, notamment pour leur proposer des promotions via leur smartphone. Il sera aussi possible de proposer des parcours en magasin en fonction de la liste de courses.

3En Chine, les géants du web misent sur la reconnaissance faciale en magasin

Parmi les technologies qui intéressent les enseignes pour simplifier l’expérience client : la reconnaissance faciale. Elle est au cœur de nombreuses initiatives de magasins connectés qui sont en train de s’ouvrir en Chine. (Voir aussi notre article Le « made in China », nouveau standard d’innovation dans le retail ?).

Tencent, l’un des géants de l’Internet, qui possède notamment l’appli de messagerie très populaire en Chine WeChat, vient par exemple de s’allier avec un groupe de mode danois, Bestseller, pour ouvrir deux magasins entièrement conçus autour de la reconnaissance faciale. Pour profiter de l’expérience, les clients de ces boutiques à Shenzhen et à Canton sont invités à créer un compte, où ils associent informations personnelles, photo, profil WeChat, et application de paiement WeChat Pay. Dès lors, pour payer leurs achats, ils n’ont plus qu’à se présenter devant une caméra pour s’identifier avant de sortir du magasin, sans autre formalité.

Grâce à la reconnaissance faciale, ces magasins sont aussi capables de repérer les consommateurs quand ils entrent dans la boutique, explique le site Jing Daily. Et comme leur compte est associé à leur profil WeChat, les clients se voient proposer sur les écrans du magasin des offres personnalisées en fonction de leurs achats précédents mais aussi de leurs échanges sur le réseau social.

4Mastercard veut généraliser en 2019 le paiement par selfie

Mastercard a présenté fin janvier 2018 sa feuille de route pour renforcer la sécurité des paiements. L’entreprise dit vouloir faire de la biométrie « le standard d’authentification des paiements numériques à partir d’avril 2019 ». Dans un peu plus d’un an, les possesseurs d’une Mastercard auront ainsi la possibilité de valider un paiement en ligne par reconnaissance faciale. Autrement dit, grâce à un selfie.

Pour la Directrice générale de Mastercard France, Solveig Honoré-Hatton, il s’agit notamment « d’optimiser l’expérience de paiement des consommateurs (…) dans un contexte de changement significatif, où partenaires et consommateurs demandent des solutions simples, sûres et pratiques ».

5Starbucks bannit l’argent liquide dans un de ses magasins

Symbole des révolutions dans le monde du paiement, un magasin Starbucks dans le centre de Seattle, aux États-Unis, refuse depuis la mi-janvier 2018 l’argent liquide. Les règlements ne se font plus que par carte bancaire ou grâce à l’appli Starbucks. Ce n’est encore qu’une expérimentation, l’enseigne voulant vérifier l’impact de cette décision sur son chiffre d’affaires.

Selon un expert du retail interrogé par le Seattle Times, bannir le cash présente plusieurs avantages opérationnels : plus besoin de tenir la caisse et de se préoccuper d’avoir de la monnaie ; gain de temps pour servir les clients ; fin des problèmes d’hygiène liés à la manipulation de pièces et de billets passés par de nombreuses mains… Et aussi l’assurance qu’un employé ne pourra pas détourner d’argent. Starbucks n’a pas indiqué combien de temps durerait ce test.

6En Suède, le cash est en train de disparaître

Vous ne pensez pas que l’on puisse supprimer l’argent liquide dans un magasin ? C’est pourtant ce qui est en train de se passer… à l’échelle d’un pays ! En Suède, pièces et billets ont pratiquement disparu des porte-monnaie des consommateurs. La part du liquide y est désormais estimée à seulement 1,4 % du total des paiements en valeur, à comparer à 28 % en France, indique La Tribune.

Dans ce pays très technophile et connecté (qui n’est pas passé à l’euro, conservant comme devise la couronne suédoise), la bascule vers la monnaie digitale s’est accélérée depuis 2012, quand les banques ont lancé une appli de paiement en temps réel, Swish. Au départ conçue pour des transferts d’argent entre amis, elle a été aussi adoptée par les commerçants.

Aujourd’hui, plus de 60 % des Suédois utilisent Swish. Même les musiciens dans le métro affichent leur numéro Swish pour recueillir l’obole des passants. Au point que la banque centrale de Suède envisage, dans les années à venir, d’en finir officiellement avec le liquide au profit d’une « e-couronne »… Ce qui permettrait notamment de lutter contre la fraude fiscale, mais qui poserait également des questions de protection de la vie privée, tout paiement devenant traçable. Voir aussi l’article très complet des Échos : Suède, le pays où le cash disparaît.

7Que pensent les Français de cette automatisation des paiements ?

D’un côté, les consommateurs montrent peu d’adhésion à un concept de magasin comme Amazon Go : 60 % des Français disent ne pas vouloir y faire leurs courses, selon un sondage Opinion Way réalisé pour Diebold Nixdorf. L’étude n’en donne pas les raisons, mais les consommateurs pourraient vouloir manifester leur refus d’un commerce déshumanisé et leur crainte pour l’emploi.

Mais d’un autre côté, les Français plébiscitent le paiement sans contact. En 2017, ce système a été utilisé plus d’un milliard de fois, soit deux fois plus qu’en 2016, pointe Le Figaro, avec un panier moyen d’achat de l’ordre de 10 €. Selon une étude du groupement CB, 80 % des utilisateurs du paiement sans contact ont parfaitement confiance dans ce système et se disent satisfaits par l’augmentation du plafond à 30 €. Ce qui démontre bien que les consommateurs sont prêts à changer rapidement leurs habitudes dès lors qu’ils se voient proposer des innovations utiles et simplifiant leur quotidien.

8Une église parisienne expérimente la quête par paiement sans contact !

Un dernier signe des mutations en cours : depuis le dimanche 21 janvier 2018, l’église Saint-François-de-Molitor, dans le 16e arrondissement de Paris, permet aux paroissiens de donner à la quête grâce à leur carte bancaire sans contact. Désormais, les dix paniers qui circulent à la fin de la messe dominicale se répartissent en deux catégories : cinq sont classiques, et cinq autres sont des paniers connectés (la photo ci-dessus).

Le principe est simple, raconte le journal La Croix : le fidèle sélectionne sur le panier un montant préenregistré de 2 €, 3 €, 5 € ou 10 €, puis il pose sa carte bleue sur le symbole du « sans contact ». Un bip discret indique au fidèle que le don est enregistré. Il reçoit alors un message de confirmation et de remerciement.

S’il ne s’agit encore que d’une expérimentation, cette quête 2.0 semble déjà appréciée par les fidèles, qui n’ont pas toujours de monnaie sur eux. Mais le panier connecté ne vise pas à augmenter les dons au moment de la quête, affirme le diocèse de Paris, l’objectif est de s’adapter aux évolutions de la société.

Paradoxalement, l’Église ne cherche pas à séduire en priorité les plus jeunes avec cette initiative. Le diocèse a mené une étude en amont, montrant que les jeunes de 18 à 30 ans souhaitaient se déconnecter en allant à la messe, et n’étaient donc pas nécessairement favorables à ces nouveaux usages. Contrairement aux 30-50 ans qui, eux, applaudissent ce projet de quête numérique.