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« Peu d’acteurs ont formulé une réelle stratégie sur la data »

Publié le 19/10/2017

Lors d’un Atelier organisé par Le Hub de La Poste fin septembre, Paul Poupet, fondateur de la startup Seed-Up, a expliqué pourquoi la data se trouve au cœur des enjeux clients et comment elle impacte l’innovation.

Paul Poupet

Première « hacker house » de France (voir encadré ci-dessous), Seed-Up est une startup qui réunit un petit groupe agile d’ingénieurs, de designers et de développeurs dans le but de proposer des innovations technologiques à des grands groupes comme Total, Thales ou Sanofi. « Ils viennent chercher chez nous une sorte de créativité et peut-être un certain recul sur cette approche de l’innovation, explique Paul Poupet, un des trois fondateurs (en photo ci-dessus et bio ci-dessous). Mais aussi la capacité de jeunes talents qu’ils n’arrivent pas forcément à sourcer en interne. Et sur chaque projet que nous développons avec eux, la question de la data s’impose et impacte fortement l’innovation. »

Parfois, la data se révèle contraignante. « Dans le domaine militaire, nous avons dû concevoir des systèmes où la data ne pouvait pas être exploitée, se souvient Paul Poupet. Si un outil connecté émet sa localisation, par exemple, il existe un réel danger pour le soldat qui l’utilise. Donc innover, oui, mais sans capter aucune data ! » Autre exemple dans l’industrie du luxe, pour laquelle Seed-Up a développé une appli qui ne pouvait exploiter aucune donnée personnelle du client. « La marque ne voulait aucune intrusion dans la vie de ses clients. Dans la relation entre l’annonceur et le client, la data est sensible et, du coup, elle contraint parfois l’innovation. »

« La data devient l’obsession de nos clients »

Plus souvent, cependant, le client souhaite collecter de la data à outrance. « Dans tous les projets d’intelligence artificielle, par exemple, nous sommes sur des problématiques où la data est centrale, à tel point qu’elle devient l’obsession du client, précise Paul Poupet. Nous devons alors qualifier un maximum de data, particulièrement dans le cas des chatbots, de l’amélioration du parcours d’achat ou encore de l’expérience client en magasin. »

Beaucoup de grands groupes approchent Seed-Up pour lui demander de formuler une stratégie autour de la data. « Parmi les typologies de clients, il y a ceux qui nous disent ‘Actuellement, on ne capte aucune data mais on aimerait bien en collecter’. C’est assez étonnant de constater que certains CTO ou CIO ont encore une vision floue de la data. En tout cas, il y a peu d’acteurs qui ont formulé une réelle stratégie concernant l’usage de la data. D’autres clients ont quant à eux collecté de la data depuis des années sur les recommandations de cabinets de conseil, et ils viennent nous voir parce qu’ils ne savent pas vraiment comment exploiter les quantités astronomiques de données à leur disposition. Nous les accompagnons alors dans l’optimisation de cette data, et nous proposons des moyens de l’utiliser pour créer de nouveaux services. »

Un stockage illimité de données sur une clé USB

En dehors des missions réalisées pour ses clients, Seed-Up poursuit également des projets d’innovations en interne, dont un qui va au cœur même de la data. Baptisé Moore, « il s’agit d’une architecture système qui prend place dans un outil physique comme un smartphone, une clé USB ou un ordinateur, et qui permet de rendre le stockage illimité ! », explique Paul Poupet. Comment ? Prenons le cas d’un smartphone qui dispose d’un stockage limité à 32 Go mais dont la capacité est étendue via le cloud, grâce à une connexion Internet : l’algorithme de Moore étudie les comportements d’accès aux différents fichiers de l’utilisateur et peut alors prédire quels sont les documents les plus susceptibles d’être utilisés. « C’est bluffant car après un mois d’utilisation du smartphone, on obtient 99 % de disponibilité des documents, même si l’utilisateur a stocké 500 Go de données sur le cloud. C’est-à-dire que même si je ne suis pas connecté à Internet, j’aurai accès à tous les fichiers dont j’ai besoin. Le cas où je ne suis pas connecté et où je clique sur un document qui est en fait dans le cloud parce que l’algorithme n’a pas anticipé qu’il fallait le conserver dans la mémoire du smartphone représente moins de 1 % des cas. »

Selon Paul Poupet, « la data peut donc se mettre au service de l’innovation ou peut parfois la ralentir, mais dans ce dernier cas la technologie nous aide à résoudre les problèmes. Même si le nouveau Règlement général sur la protection des données (RGPD) semble faire peur à beaucoup d’acteurs, nous pourrons toujours compter sur nos capacités d’innovation pour contourner les obstacles. »

Une « hacker house » au service de l’innovation

Inspirée du fonctionnement des fablabs et hackerspaces américains, la « hacker house », sorte de coloc pour entrepreneurs geeks, est une maison dans laquelle sont regroupées 10 personnes – développeurs, ingénieurs, designers, etc. – passionnées de nouvelles technologies. « Nombre de jeunes talents ne se retrouvent pas aujourd’hui dans ce qu’on leur propose en entreprise, explique Paul Poupet. Nous avons donc inventé un nouveau modèle de travail pour rassembler ces personnes, et créé une communauté au service de l’innovation. »

Interview de Paul Poupet

 

Interview réalisée lors de l’Atelier organisé par Le Hub de La Poste le 27 septembre 2017.

Bio express

Paul Poupet, 25 ans, diplômé de l’Essec et de Centrale Paris, a créé sa première entreprise en classe préparatoire. Pendant ses études, il s’intéresse aux nouvelles technologies et aux hackathons. Persuadé que le modèle classique de l’entreprise n’est pas adapté à sa génération, il décide de créer un espace au sein duquel l’esprit hackathon règne au quotidien : Seed-Up. C’est la première « hacker house » de France, où de jeunes surdoués de l’informatique se rassemblent pour vivre, travailler et innover ensemble.