« Le salarié veut pouvoir déjeuner sans être regardé comme un objet publicitaire ! »

21/01/2016

Stéphane Coulon est le fondateur du cabinet de conseil Vetanova, spécialisé dans le conseil et l’accompagnement pour la réalisation de vêtements professionnels. Il nous donne les coulisses de la conception de ces tenues, notamment les bonnes pratiques pour impliquer les salariés.

Stéphane Coulon

Comment définir l’activité de votre entreprise ?

Stéphane Coulon : Nous sommes un cabinet conseil entièrement dédié aux vêtements professionnels et aux uniformes. Nous accompagnons nos clients de la définition du besoin jusqu’à la livraison des tenues. Selon les entreprises et les secteurs, les vêtements professionnels représentent des budgets pouvant aller de quelques centaines de milliers d’euros à une dizaine de millions par an, parfois plus. Nous intervenons pour sécuriser les changements de collection et aider à trouver les bons fournisseurs. Nous avons comme clients Carrefour, BMW, Eiffage, Gamm Vert, la Banque de France…

Les vêtements professionnels et les uniformes représentent-ils un marché dynamique ?

C’est un secteur qui se développe, avec une migration : le vêtement de travail proprement dit, le « work wear », est en partie lié à l’activité industrielle et ne progresse donc pas actuellement en France. Tandis que le vêtement d’image est, lui, nettement en croissance. Il devient, à juste titre, un relais très important de l’identité visuelle d’une marque. En magasin, un client va passer 5 ou 10 minutes devant un vendeur, qui véhicule les valeurs de la marque. Dans une recherche de différenciation des concurrents, les tenues sont un moyen efficace et assez peu onéreux de communiquer.

Quelles sont les tendances en matière de vêtements professionnels ?

Ils sont de plus en plus confortables et modernes. Les matières et les coupes se rapprochent du prêt-à-porter, tout en prenant en compte le besoin d’aisance et de résistance à l’usure, propres aux tenues d’image. Aujourd’hui, la marque peut être présente avec subtilité : un liseré discret, de petits marquages… De son côté, le salarié veut pouvoir prendre sa pause déjeuner à midi sans être regardé comme un objet publicitaire ! C’est ce que permettent les vêtements actuels, avec des coupes plus modernes et un travail stylistique plus subtil qu’il y a 10 ans, ce qui sert aussi l’image de l’entreprise.

Y a-t-il des réticences à lever en interne ?

J’observe très peu d’hostilité de principe à porter un vêtement professionnel ou même un uniforme. Comme je le disais, ces vêtements sont de mieux en mieux coupés. Ils sont aussi un signe de fierté d’appartenance. Sans oublier, très prosaïquement, que ces vêtements sont offerts aux salariés. Contrairement à d’autres pays européens, ils ne constituent pas un avantage en nature. Ils permettent de travailler sans porter et abîmer ses propres vêtements. Mais cela ne veut pas dire non plus que les salariés sont prêts à tout accepter !

Quelles sont les bonnes pratiques pour favoriser l’acceptation en interne ?

Il faut impliquer les salariés à des étapes clés. Cela commence par leur demander leur avis sur l’existant. Beaucoup d’entreprises négligent cette étape, et se lancent dans une nouvelle collection sans corriger les défauts techniques de la précédente. L’implication des salariés se fait via la constitution d’un groupe de travail, composé de quelques représentants du personnel et éventuellement des franchisés, et aussi via des questionnaires auprès d’un échantillon plus large. Sans oublier de faire tester sur le terrain les nouvelles tenues. Ce process doit être encadré et structuré avec des comptes rendus de réunion, des questionnaires précis, des rapports de tests, etc. L’implication des salariés est aussi une alchimie à trouver au cas par cas, pour ne pas en faire ni trop peu, ni trop non plus : au final, le vêtement doit porter l’image de la marque, et non pas les goûts des salariés.

Combien de temps prend l’élaboration d’une collection de vêtements professionnels ?

Du lancement du projet à la livraison, il faut compter 12 mois. C’est le temps minimum pour la définition technique du besoin, l’implication des salariés, l’appel d’offres, les négociations avec le fournisseur, les tests sur le terrain, et bien sûr les délais de fabrication. Les entreprises sont souvent surprises de découvrir qu’il faut au minimum de 3 à 4 mois uniquement pour produire les vêtements. Un contrat d’approvisionnement avec un fournisseur court sur une durée de 3 ou 5 ans. Il faut le préparer sereinement et optimiser cet investissement qui va engager l’entreprise.

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