Hugo Facchin (Cuure.com) : « Les gens font confiance aux gens »
10/06/2026Et si la santé personnalisée devenait un nouveau standard de la consommation quotidienne ? Depuis 2019, Cuure.com vend plus que des compléments alimentaires : un changement de comportement. En transformant des besoins physiologiques complexes en une routine fluide et connectée, la marque redéfinit les règles du social commerce lié au bien-être : on ne choisit plus un produit, on adopte une pratique de santé au quotidien.
Votre entreprise a fait de la santé personnalisée une matière « instagrammable », tout en étant fondée sur un socle scientifique. Que cela change-t-il dans la manière de concevoir l’offre de produits et l’expérience client ?
Hugo Facchin – La santé personnalisée a longtemps été perçue comme un sujet complexe, voire anxiogène. Nous pensons qu’il ne devrait pas y avoir à choisir entre crédibilité scientifique et désirabilité. Cuure.com est né de ce postulat : concevoir des produits avec un haut niveau d’exigence scientifique, mais en les intégrant dans des expériences avec lesquelles les consommateurs ont réellement envie d’interagir au quotidien. Cela change tout : l’identité visuelle, le parcours d’intégration des nouveaux clients, le ton des contenus et la manière dont nous expliquons la science. Contrairement aux marques de compléments alimentaires traditionnelles, construites sur des produits « statiques », nous nous appuyons sur des millions de données, des modèles d’intelligence artificielle et une expertise scientifique pour faire évoluer en continu la personnalisation, les recommandations et le développement des produits. Cette couche technologique façonne des expériences adaptatives et individualisées dans le temps. L’objectif n’étant pas de banaliser la santé, mais de rendre les comportements sains plus simples à adopter et à maintenir dans la durée.
Chez Cuure.com, la relation client est notamment fondée sur l’abonnement. Comment entretenez-vous et renouvelez-vous cet engagement ?
H. F. – Pour nous, la relation ne s’arrête pas après l’achat. En réalité, le plus grand défi dans le bien-être, c’est la régularité. Nos clients achètent généralement nos produits par cycles récurrents de trois mois, plusieurs fois par an. Et environ deux tiers de nos commandes passent par l’abonnement. Notre rôle ne consiste pas seulement à vendre des compléments alimentaires, mais à aider les consommateurs à construire des habitudes durables. C’est pourquoi nous avons pensé l’expérience autour du changement comportemental, avec des récompenses obtenues dans l’application pour la régularité quotidienne, un parcours CRM pour suivre l’évolution du bien-être, des contenus pédagogiques et même un accès à des cours de sport en ligne gratuits. Nous essayons de construire un système qui soutienne la motivation dans le temps, plutôt que de dépendre uniquement d’un marketing transactionnel.
Entre contenus, influence, recommandation et conversion directe, où se joue aujourd’hui, selon vous, le moment crucial dans l’acte d’achat ?
H. F. – De plus en plus, le moment décisif se joue dans la preuve sociale et la recommandation entre pairs. L’un de nos produits les plus vendus, FS-3B (une combinaison de trois éléments dédiés à la santé intestinale), connaît actuellement une croissance exponentielle principalement grâce au bouche-à-oreille entre amis et familles. Les consommateurs sont devenus beaucoup plus sceptiques vis-à-vis de la publicité traditionnelle, particulièrement dans l’univers de la santé et du bien-être. Les gens font confiance aux gens. Aujourd’hui, le levier de conversion le plus puissant reste d’entendre quelqu’un dire : « Je l’ai testé et cela a réellement eu un impact pour moi. » Cela se vérifie dans tous nos marchés : en France, dans l’Union européenne, en Suisse et au Royaume-Uni.
Face à la multiplication des offres et à l’exigence croissante de transparence, comment votre entreprise concilie-t-elle la personnalisation algorithmique avec la caution scientifique et éthique ?
H. F. – L’IA nous sert à identifier des corrélations et des tendances à travers des millions de données liées au bien-être, à une échelle qu’une approche traditionnelle ne parviendrait pas à traiter. Mais dans la santé, la vitesse seule ne suffit pas. C’est pourquoi chaque avancée technologique doit rester encadrée par une validation scientifique et une expertise humaine. En 2025, nous avons renouvelé notre comité scientifique avec des experts issus d’établissements comme l’Institut Cochin et l’Institut du cerveau, afin de garantir que les avancées technologiques restent toujours encadrées par une supervision scientifique rigoureuse et des standards éthiques élevés. Pour nous, l’IA renforce l’expertise scientifique, sans la remplacer.
Quel est, selon vous, le principal défi pour passer d’une phase de croissance accélérée à une rentabilité durable, dans un secteur où les coûts d’acquisition client sont élevés ?
H. F. – Le principal défi, c’est la confiance. Ce que nous observons avec notre innovation tribiotique FS-3B, c’est que le marketing le plus efficace n’est pas celui que l’on achète, mais celui que les consommateurs font eux-mêmes pour nous. La rentabilité durable vient de la capacité à créer des produits dont les gens parlent autour d’eux et qu’ils recommandent de façon spontanée. Cela paraît simple, mais c’est probablement l’une des choses les plus difficiles à construire dans la durée. De fait, cela nous permet, sur nos 300 000 clients, de disposer d’une base majoritaire d’abonnés. Cela sécurise une part essentielle de notre chiffre d’affaires (supérieur à 12 millions d’euros) et nous rend rentables depuis début 2026. Nous poursuivrons dans cette lancée, avec le lancement de notre marque dans des pays européens au second semestre de cette année.
Crédit photo couverture : ©Cuure.com
Biographie
Diplômé en 2013 d’un master en entrepreneuriat de l’ESSEC, Hugo Facchin a également étudié à l’université technologique de Nanyang, à Singapour. Il débuta sa carrière chez Havas, en tant que responsable de projet et de développement commercial. En 2017, il rejoignit l’entreprise Try The World comme directeur des opérations. En 2019, il fonda Cuure.com avec Jules Marcilhacy (directeur des opérations) et en prit la direction générale.
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