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« Les entreprises disposent d’une dizaine d’outils pour évaluer leur empreinte écologique »

27/09/2023

Les entreprises sont de plus en plus sensibles à l’impact de leurs activités sur la biodiversité, un impact resté longtemps difficile à quantifier. Mais depuis quelques années, des outils de mesure ont été mis au point pour le calculer, et des pistes d’action ont été développées pour aider les entreprises à le réduire. L’éclairage de Marianne Louradour, présidente de CDC Biodiversité(1).

Comment les entreprises peuvent-elles connaître l’impact de leurs activités sur la biodiversité ? 

Marianne Louradour Il existe une dizaine d’outils d’évaluation de l’empreinte biodiversité dédiés aux entreprises, aux institutions financières ou aux territoires. Ces outils prennent en compte différentes composantes de la biodiversité : espèces, habitats, services écosystémiques… Par exemple, l’outil Species Threat Abatement Recovery (STAR) développé par l’UICN évalue les risques ou bénéfices d’investissements à différentes échelles et sur différentes périodes. 

Depuis 2017, CDC Biodiversité travaille au développement du Global Biodiversity Score (GBS). Le GBS mesure l’impact des entreprises et des investissements sur la biodiversité. Ses résultats sont exprimés par l’unité MSA.km2, où MSA est l’abondance moyenne des espèces (Mean Species Abundance), une métrique exprimée en pourcentage caractérisant l’intégrité des écosystèmes. Les valeurs de MSA vont de 0 % à 100 %, 100 % représentant un écosystème intact non perturbé. Les parties prenantes peuvent ensuite créer des indicateurs pour mesurer la performance de l’entreprise.

Afin de répartir les impacts sur toute la chaîne de valeur, le GBS utilise le concept de scope. Le scope 1 couvre les opérations directes. Les impacts se produisant en amont sont répartis entre la production d’énergie autre que les combustibles, qui relève du scope 2, et les autres achats, qui relèvent du scope 3 amont. Enfin, les impacts en aval appartiennent au scope 3 aval.

Les résultats du GBS aident les entreprises à définir des trajectoires de réduction alignées sur les objectifs de la COP15 sur la biodiversité. En 2020, Schneider Electric est devenu le premier groupe à calculer la totalité de son empreinte biodiversité à l’aide du GBS, suivi par de nombreux autres acteurs tels que l’énergéticien suédois Vattenfall, Decathlon, Hermès ou Nestlé Waters. 
 

Quelles sont les étapes à suivre pour intégrer plus de biodiversité dans la stratégie des entreprises ? 

M. L.– La première étape consiste à prendre la mesure de son impact et de ses responsabilités. Selon son secteur d’activité, cela peut se faire à partir d’outils comme le GBS, mais également nécessiter une cartographie fine de son foncier et des enjeux environnementaux qu’il porte. Icade, filiale immobilière de la Caisse des dépôts, a mis en œuvre des contrats de performance biodiversité (CPB) sur ses trois parcs d’affaires. La Poste Immobilier, opérateur immobilier du groupe La Poste, travaille sur des CPB adaptés à la logistique. Au-delà de la mesure d’impact et de la mise en place d’actions pour le réduire, les entreprises peuvent s’engager dans un mécénat écologique en soutenant des projets de restauration d’écosystèmes. Le programme Nature 2050, développé par CDC Biodiversité et soutenu par de nombreux acteurs économiques, dont des filiales du groupe La Poste, a permis en cinq ans de soutenir 65 projets de restauration écologique favorisant la résilience des territoires. 
 

Comment la comptabilité écologique peut-elle s’appliquer aux modèles économiques ?

M. L. – L’enjeu consiste à modifier, en premier lieu, la structure des comptes pour faire apparaître le capital naturel. Cette articulation pose de nombreuses questions, comme la liste des indicateurs à retenir pour traduire la mobilisation du capital naturel au sein des comptes. Doivent-ils apparaître sous forme monétaire et si oui, comment les évaluer ? En ce sens, il n’existe pas une, mais des méthodes de comptabilité environnementale qui sont fonction du corpus théorique dans lequel elles s’inscrivent. Pour suivre les développements et les expérimentations autour de cette thématique, CDC Biodiversité participe à la Chaire comptabilité écologique, lancée par AgroParisTech. 
 

Comment la Caisse des dépôts montre-t-elle l’exemple ? Quelles sont ses réalisations pour protéger la biodiversité ? 

M. L. – La Caisse des dépôts a créé CDC Biodiversité dès 2008, un centre d’expertise dédié à la protection de la biodiversité, à une époque où peu de monde en parlait. Elle continue de nous mobiliser pour favoriser la recherche et l’innovation dans un domaine où il reste beaucoup à inventer, comme on le voit avec la comptabilité écologique ou la mesure d’empreinte. En 2022, la CDC s’est dotée d’une nouvelle raison d’être qui cible spécifiquement l’accompagnement de la transformation écologique du pays. Pour la biodiversité, le groupe s’appuie désormais sur une feuille de route ambitieuse et des indicateurs précis. 

 

(1) : Filiale de la Caisse des Dépôts dédiée à l’action en faveur de la biodiversité

 

La bio de Marianne Louradour

Marianne Louradour est présidente de CDC Biodiversité depuis le 1er janvier 2023. 
Après avoir exercé un certain nombre de responsabilités dans le groupe Caisse des dépôts, elle devient, en 2013, directrice de l’audit du groupe puis, en septembre 2016, directrice régionale Île-de-France de la Banque des territoires. 
Elle est diplômée de Sciences Po Paris.

La bio de Marianne Louradour

Défense des forêts, lutte contre le plastique dans les rivières et les océans, protection des oiseaux : La Poste s’engage pour la biodiversité et contre l’érosion du vivant !

30 % des écosystèmes terrestres et marins doivent être protégés d’ici 2030 : les États s’y sont engagés lors de la COP15 de la biodiversité à Montréal, en décembre 2022. Entreprise à mission depuis 2021, le groupe La Poste prend sa part en ajoutant la préservation du vivant à son action en faveur de l’environnement. Depuis le début de l’année 2023, il a lancé plusieurs partenariats avec des organisations de protection de la biodiversité. 

Parmi ceux-ci, La Poste va mobiliser ses 240 000 collaborateurs dans toute la France métropolitaine et outre-mer pour qu’ils participent aux opérations de collecte de déchets de plastique avec l’association The SeaCleaners, fondée par le navigateur Yvan Bourgnon. D’ores et déjà plus de 600 postiers se sont mobilisés. Chaque opération permet aussi de sensibiliser en amont les postiers à la lutte contre la pollution plastique grâce à des webinars et des conférences The SeaCleaners. La Poste s‘engage aussi à réduire à la source sa consommation de plastique dans ses processus industriels.

La Poste agit également pour la protection des forêts dans les territoires en finançant 30 projets de préservation des écosystèmes naturels situés sur 41 départements pour une surface totale de plus de 155 hectares en France.

Le nouveau Fonds impact climat et biodiversité de La Banque postale va soutenir Nature Impact, l’initiative du WWF France lancée au printemps 2023, pour protéger la biodiversité de 15 000 hectares de forêt en France et stocker plus de 400 000 tonnes de carbone sur trente ans. 

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