Cédric Ringenbach : le jeu pour mieux comprendre le changement climatique
Cédric Ringenbach : le jeu pour mieux comprendre le changement climatique
Cédric Ringenbach a créé en 2015 la Fresque du Climat. Son ambition : former 1 million de personnes aux enjeux climatiques. Le phénomène est devenu viral. De plus en plus d’entreprises s’appuient sur cet atelier ludique. Gros plan sur le parcours pas du tout linéaire du créateur de cette Fresque.
Hésiter, se tromper, ne pas être d’accord...
« Hésiter, se tromper, ne pas être d’accord, argumenter, c’est un bon mécanisme. J’ai décidé de l’utiliser pour la Fresque du Climat », explique Cédric Ringenbach, son fondateur. Il y a huit ans, quand il a créé ce jeu destiné à sensibiliser au changement climatique, Cédric Ringenbach n’était pas novice. Il l’avait déjà testé dans l’univers du vin avec Carpe Vinum. « Je connaissais la puissance du ludique au service de la pédagogie. » Pourtant, a priori, rien ne le destinait à en arriver là. Diplômé en 1996 de l’École centrale de Nantes, ingénieur de formation, il se lance dans la gestion de projets informatiques, mais aussi les ressources humaines au sein du cabinet Arthur Andersen. Il comprend que jouer peut être un bon moyen de former, mais il n’a pas encore appréhendé toute l’importance des enjeux environnementaux. La dégustation de vins devient donc son terrain de jeu. Il développe les éditions Carpe Vinum. À la clé, un jeu de société pédagogique du même nom : deux bouteilles dans un coffret, des questions et réponses, des indices, un jeu pour 6 à 12 participants autour d’une table, un kit clés en main pour organiser une dégustation ludique et pédagogique. Et avec modération, évidemment.
Licence d’utilisation très ouverte
Après un nouveau crochet par le conseil en gestion informatique, son destin change. Son regard tombe sur les écrits de Jean-Marc Jancovici et il comprend que le climat est « le » sujet incontournable. Porté par ses convictions, il décide de se former pendant quelques mois.
Sa vocation est trouvée : accompagner les entreprises, mais pas seulement, vers une meilleure compréhension de la question environnementale. Il en fait son métier et se plonge dans les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), postule à Carbone 4 et arrive à la tête en 2010 du Shift Project, laboratoire d’idées qui s’est notamment donné pour objectif la réduction de la dépendance de l’économie aux énergies fossiles. La Fresque du Climat germe dans son esprit. Elle prend de plus en plus de place dans ses activités, en marge de son travail pour le Shift. S’appuyant sur les graphiques du GIEC, il crée ces cartes qui font la force du jeu.
Mars 2019, le déclic
Puis, c’est le déclic en mars 2019 : « J’ai l’opportunité de faire jouer 900 étudiants au Pôle universitaire Léonard-de-Vinci. J’ai dû trouver 30 animateurs en deux semaines. Ils étaient tous débutants. » À la fin de la matinée, 150 fresques s’affichent dans l’établissement. L’aventure est lancée.
Son modèle est simple. Il s’appuie sur une licence d’utilisation qui est très ouverte : Creative Commons pour un usage non commercial, complétée d’une licence pour un usage commercial avec des redevances à reverser. Les paramètres interdisent seulement de modifier l’outil et imposent de citer l’auteur, ce qui lui permet d’avoir de la visibilité et de vivre correctement de ses prestations d’animateur.
Les objectifs fixés ont déjà été dépassés, avec 1,2 million de personnes formées. Une association a vu le jour en 2018 et compte aujourd’hui 50 permanents, 1500 adhérents, 55 000 « fresqueurs ». L’association a un business model robuste, car d’une part, elle assure des prestations et d’autre part, 10 % des montants facturés par les fresqueurs professionnels lui sont reversés.
Éviter au maximum l’effondrement
Cédric Ringenbach avoue avoir eu un passage à vide il y a quelques années : « J’ai eu ma phase survivaliste et collapsologue. Avec ce point de vue : tout va s’effondrer et donc, il faut préparer sa base arrière. » Cette période correspond au moment où il se forme à la permaculture. « Je continue de penser que ce serait une bonne idée, mais je n’ai plus le temps, dit-il dans un sourire. Depuis, j’ai choisi d’œuvrer pour éviter au maximum cet effondrement. »
Désormais, avec sa société de conseil, il challenge les entreprises : est-ce que leur business model est viable dans un monde qui se décarbone ? Il reconnaît que la période est complexe. Beaucoup peuvent se sentir perdus, mais une conviction l’anime. « Les vraies super-idées qui vont émerger pour décarboner vont venir de ceux qui ne sont pas encore au courant du sujet. Et pour cause : ils sont tellement plus nombreux que nous. »
Parcours
Cédric Ringenbach,
1993-1996 : École centrale Nantes
1997-2000 : Consultant chez Arthur Andersen Management
2003-2006 : Dirigeant Carpe Vinum éditions et création d’un jeu autour du vin
2010-2016 : Directeur The Shift Project
Depuis 2015 : Président de la Fresque du Climat
VOUS POURRIEZ ÉGALEMENT AIMER
La météo du plastique annonce les chutes de microparticules sur Paris
Ce mercredi 28 juin, jusqu’à 51 kg de pluie de microplastiques devraient s’abattre sur Paris. Dans les jours suivants, cela pourrait monter à 288 kg. Ces prévisions sont fournies par le site de la météo du plastique, The Plastic Forecast, développé par les chercheurs de la Fondation australienne Minderoo. Objectif : alerter sur les dangers des déchets plastiques. En se décomposant, ils génèrent des micro et des nanoparticules qui ne polluent pas seulement la terre et l’eau, mais aussi l’atmosphère. « Les déchets plastiques sont en train de dévaster notre planète et s’accumulent à un tel point que l’on trouve désormais du plastique dans l’eau de pluie », s’alarme la fondation.
Orange met le paquet sur la sobriété numérique
Alors que l’Agence de la transition écologique (Ademe) estime que l’empreinte carbone du numérique pourrait tripler d’ici à 2050 si aucune mesure n’est prise rapidement, le leader du secteur télécoms en France entend se faire le héraut de la sobriété numérique. Après avoir mis en place fin 2020 un programme d’économie circulaire baptisé « Re », pour recyclage, reprise, reconditionné et réparation, Orange a lancé en janvier dernier une consultation citoyenne en partenariat avec Make.org pour mobiliser toutes les parties prenantes autour de la question « Comment pouvons-nous réduire ensemble les impacts environnementaux du numérique ? ». En attendant de connaître les résultats, qui seront dévoilés avant l’été, Quentin Delobelle, Directeur de la communication commerciale et de la création d’Orange, fait le point sur la question lors d’un entretien accordé au site La Réclame.