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Comment l’investissement à impact peut-il accélérer la transformation positive ?

29/05/2024

Face aux défis environnementaux, comment les investisseurs peuvent-ils accélérer un changement positif ? C’est à cette question que Marie Ekeland, rencontrée au salon Viva Technology, entend répondre avec sa société d’investissement 2050. Détenue à 100% par un fonds de pérennité à but non lucratif, son objectif est de stimuler le modèle et la croissance d’entreprises « alignées ».

Quel est le lien entre votre modèle d’investissement et la notion d’entreprise alignée ?

Marie Ekeland – Pour créer le dispositif d'investissement pérenne et positif de 2050*, je me suis inspirée des modèles de fondations actionnaires au Danemark. On y voit des sociétés telles que Novo Nordisk, Lego ou Karlsberg qui sont détenues par des actionnaires qui veillent à l’accomplissement de la mission de l’entreprise dans le temps. Notre approche d’investissement est sensiblement la même. Nous soutenons des entreprises qui ont conscience qu’elles ne sont pas seulement là pour générer de l’argent mais aussi pour accomplir une mission. Ces dernières sont « alignées » lorsque leurs décisions et leurs trajectoires sont cohérentes avec la mission qu’elles se sont fixée à long terme. 

Enfin, nous sommes agiles et souhaitons être catalyseur du changement. Pour cela, nous investissons dans des entreprises qui ont un impact positif sur au moins l’un des cinq piliers fondamentaux que nous avons identifiés grâce à notre proximité avec le monde scientifique*, en particulier du Stockholm Resilience Centre (SRC), c’est-à-dire : 

  • Un monde dans lequel tout le monde peut manger sainement
  • Où l’on peut habiter la Terre et produire de manière durable
  • Où chacun peut prendre soin de sa santé
  • Où les modèles éducatifs et culturels contribuent à cet avenir fertile
  • Où nous pouvons avoir confiance dans l’économie, l’information et la science et où les modèles démocratiques fonctionnent.

Après trois ans d’activité, où en êtes-vous dans vos investissements et quels sont les investissements à impact dont vous êtes particulièrement fière ?

M. E. – Nous accompagnons déjà 12 entreprises. L’une d’entre elles, Paebbl, est un exemple idéal du modèle d’entreprise alignée que nous tâchons de défendre et de soutenir avec 2050. Il s’agit d’une entreprise qui accélère et industrialise un procédé naturel, responsable de près de 10% de la capture globale du CO2, par les roches de la croûte terrestre telles que le basalte. Sa mission principale est donc de lutter contre les émissions carbone, mais elle parvient en plus à commercialiser cette roche pour la substituer à la pierre ponce dans la fabrication du béton. Ce faisant, c’est toute l’industrie du BTP, très émettrice en carbone, qui peut bénéficier de cette expertise pour se transformer en puits à carbone. L’impact initial est amplifié par une cascade de conséquences positives. Paebbl a suivi notre modèle d’alignement dans lequel nous aidons nos partenaires à se projeter sur le long terme afin d’être en mesure de dresser une feuille de route progressive et crédible. Finalement, ces entrepreneurs sont allés encore plus loin dans les projections, puisqu’ils sont même allés jusqu’à planifier à plus de 30 ans des enjeux tels que le démantèlement des usines qu’ils construisent aujourd’hui. Comme vous le voyez (voir schéma ci-dessous), l’objectif est d’aligner son comportement à l’objectif fondamental que l’on cherche à atteindre, tout en anticipant autant que possible les dérives qui peuvent advenir lorsque l’on mène son activité. 

Le salon Viva Technology, où nous nous rencontrons pour cette interview, rassemble chaque année de plus en plus d’entrepreneurs à impact. Est-ce le bon endroit pour découvrir et investir dans des entreprises « alignées » ?

M. E. – Pas encore, non, mais c’est en bonne voie. Le monde de la technologie n’a pas encore effectué sa mue vers une transformation écologique et socialement responsable, mais je vois beaucoup d’entrepreneurs à succès de la tech comme Rachel Delacour [CEO et cofondatrice de Sweep dont 2050 est actionnaire] qui migrent vers des modèles d’entreprises alignées. Il est très important pour nous de les soutenir, et c’est bien là que l’on retrouve le même débat entre l’argent et la technologie. Ils sont tous deux essentiels pour trouver les remèdes à nos grands enjeux environnementaux et sociaux, mais ils font aussi partie du problème lorsqu’ils sont mal employés. Les entrepreneurs de la tech ont encore à faire l’effort d’un alignement de leur modèle afin d’apporter des solutions concrètes et sans dérives aux problèmes piliers que j’ai évoqués. Pour découvrir davantage d’entreprises telles que celles-ci, vous pouvez vous rendre à des événements comme Change Now à Paris ou The Drop à Malmö en Suède. 

*2050 est aussi coauteur, avec l’Université Paris Dauphine, d’un cours sur le climat en licence libre

*Plus d'infos :  investissement pérenne et positif de 2050,

 

Bio de Marie Eckeland

L’approche de Marie Ekeland est enracinée dans un voyage extraordinaire au sein de la French Tech. À l’âge de 30 ans, dans le cadre du fonds d’investissement Elaia Partners, elle a d’abord détecté Criteo, qu’elle a conseillé et suivi jusqu’en 2016, 3 ans après son introduction en Bourse.
Dans le même esprit, elle a cofondé France Digitale pour donner la parole à un secteur qui en était encore à ses débuts de développement. Elle est devenue ainsi la première femme en Europe à créer un fonds de 150 millions de dollars. Son portefeuille actuel est réparti entre Londres, New York, Montpellier, Paris et San Francisco. Cela reflète son goût pour la diversité : l’éducation (École Holberton), la santé et la nutrition (Lifen et Zoe), la culture (Keakr), la finance (Shine, vendue à la Société Générale à l’été 2020), la mobilité verte (Zoov), le bien-être au travail (Swile). Au cours de son mandat à la tête du Conseil national du numérique (2017), Marie Ekeland s’est rendu compte de l’urgence d’aller de l’avant sur les questions fondamentales telles que la biodiversité et la diversité, et a esquissé les premières étapes d’une nouvelle aventure ciblant les grands défis mondiaux : 2050, un fonds sans actionnaire, pour bâtir la Tech de 2050.

Bio de Marie Eckeland

Crédits  photos : ©Céline Leuvain

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