Data : comment co-construire avec les habitants une ville désirable

15/12/2023

Les collectivités disposent de données toujours plus nombreuses, dont l’exploitation peut les aider à améliorer leurs politiques publiques. Elles doivent aussi en protéger l’usage et veiller à ce que l’opinion de tous, citoyennes et citoyens, puisse être entendue.

[Interview extraite du Mag Désirabilité]

 

Les collectivités prennent peu à peu conscience de la richesse de leur patrimoine de données. 
« Les délégataires de services publics doivent désormais publier leurs données en open data, rappelle Christelle Papillon Viollet, Directrice des Solutions pour l’Efficacité territoriale à La Poste. L’époque où les acteurs privés les conservaient pour les exploiter de façon lucrative est révolue. » Elles représentent une ressource précieuse permettant aux collectivités « de partager un diagnostic objectivé avec les habitants ou pour corriger rapidement le tir dans une politique publique », détaille la directrice. C’est dans le dialogue avec les citoyens qu’elles sont jugées le plus utiles : pour informer les administrés en temps réel d’accidents de circulation, du niveau de qualité de l’air ou de présence de pollens ; ou, de façon prospective, pour adapter la carte scolaire ou certaines infrastructures à l’évolution prévisible des flux de population. Mais les collectivités sont également conscientes de la nécessité de protéger ces données. « Nantes Métropole mène une politique volontariste en matière d’open data depuis plus de 10 ans, affirme Claire Sacheaud, administratrice générale de la donnée de Nantes Métropole. Mais nous avons aussi élaboré la première “Charte de la donnée” française, pour encadrer ses usages sur le territoire. » 

Les citoyens sont friands des nouveaux services tels que menus des cantines, problèmes de voirie, horaires des transports publics en temps réel, etc., regroupés notamment dans la très populaire application « Nantes dans ma poche ». « En revanche, reconnaît Christelle Papillon Viollet, ils utilisent encore peu l’accès à leurs propres données », qui leur permettrait par exemple de connaître le bilan de leurs paiements au centre de loisirs, de calculer leur consommation énergétique ou leur production d’ordures ménagères.

Élargir l’accès aux données pour accroître le pouvoir citoyen d’agir

L’accès aux données améliore aussi le pouvoir d’agir des citoyens, notamment dans le cadre des concertations organisées par de nombreuses métropoles pour co-construire avec eux la ville où ils désirent vivre. Par exemple, à Nantes, le dialogue citoyen « Fabrique de nos villes – Ensemble, inventons la ville de demain » ; ou, à Marseille, l’Assemblée citoyenne du futur, inspirée de la Convention citoyenne pour le climat. « Des données factuelles permettent aux citoyens d’être mieux armés pour débattre », constate Sébastien Guimard, directeur de la direction Dialogue citoyen à Nantes, évoquant la centaine de pages exposant les dynamiques de production de logements, d’espaces verts ou de disparition d’espèces publiées en amont de la concertation. « Ainsi objectivé, le débat gagne en qualité, et prête moins le flanc à la critique. » 

À Marseille, « l’accès aux données est un prérequis à la formation des citoyens tirés au sort pour participer à l’Assemblée du futur », confirme Sébastien Barles, adjoint à la transition écologique. Pour garantir l’inclusivité de ces concertations, les collectivités misent sur la complémentarité entre numérique et méthodes plus traditionnelles. À Marseille, le numérique permet de regrouper quelque 200 structures autour des métiers de la transition, mais l’Assemblée citoyenne du futur rassemble en présentiel des citoyens d’ailleurs rémunérés pour cela. À Nantes, « le présentiel est privilégié, mais les citoyens peuvent aussi contribuer au débat à distance », témoigne Sébastien Guimard. Certains publics, accompagnés à l’usage des outils en mairie, s’expriment plus librement derrière un écran qu’ils ne le feraient en public. « Dans un souci de représentativité, la donnée doit pouvoir être collectée de plusieurs façons, en ligne, mais aussi, par exemple, par l’intermédiaire d’un facteur ou en bureau de Poste », confirme Christelle Papillon Viollet. C’est ce que propose depuis cette année La Poste avec Concertation Citoyenne, une solution de concertation inédite qui se déploie via une plateforme accessible en ligne, ainsi que dans les bureaux de Poste.

 

 

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