Julie Huguet, Mission French Tech : « Les start-up doivent s’ouvrir au monde pour rayonner »
25/06/2026La nouvelle promotion French Tech Next40/120, qui cartographie les champions technologiques en France, montre de nouvelles tendances : IA, R&D, réindustrialisation dans les territoires et expansion mondiale, selon Julie Huguet, directrice de la Mission French Tech.
Dans quelle mesure l’écosystème des start-up en France se régénère-t-il avec les progrès de l’IA ?
Julie Huguet – Depuis notre création en 2013, la Mission French Tech, rattachée au ministère de l’Économie, a vocation à accompagner les start-up pour soutenir leur croissance. Après une première vague technologique orientée cloud et SaaS, une nouvelle génération de start-up 100 % IA émerge. Au-delà des modèles fondamentaux, elles développent des approches sectorielles (santé, industrie…) et/ou de recherche, avec des cycles d’innovation qui s’accélèrent. Des pépites comme Mistral AI, H Company ou AMI Labs montrent le chemin pour transformer une avance scientifique en impact économique concret. La France est le premier vivier européen de l’IA avec 1 114 start-up sur un écosystème global de 18 000 jeunes pousses et plus de 16 milliards d’euros levés depuis leur création (Mapping 2026, France Digitale et Sopra Steria). Il génère 50 000 emplois directs. Les plus performantes sont intégrées dans le programme d’accompagnement French Tech Next40/120. La 7e promotion, dévoilée en marge de VivaTech (17-20 juin 2026), est marquée par l’excellence technologique, la contribution aux grands enjeux économiques et sociétaux et la performance financière : 11,3 milliards d’euros de revenus cumulés en 2025, 33 500 emplois directs en France, croissance moyenne de 31 % sur un an.
Avec le G7 organisé à Évian, comment l’excellence technologique française peut-elle transformer le monde dans la voie du développement durable ?
J. H. – Le fait d’accueillir le G7 est une chance pour se mobiliser sur ces enjeux, y compris sur l’innovation décarbonée. Un plan national d’électrification, présenté en avril 2026, vise à développer la compétitivité des entreprises et à renforcer la souveraineté énergétique avec des mesures concrètes comme le soutien à l’achat de poids lourds électriques. La French Tech s’associe à l’essor de la GreenTech avec 25 lauréats du Next40/120. Ils incarnent le plan « Électrifions la France ! ». Par exemple, la société Electra déploie un réseau de recharge ultrarapide pour les véhicules électriques dans 10 pays.
Quels leviers la French Tech peut-elle activer pour accompagner les start-up à l’international ?
J. H. – Le passage à l’échelle des start-up est crucial. Les lauréats du Next40/120 réalisent en moyenne 38 % de leurs revenus à l’international, dans 89 pays. Pour devenir de vrais champions, ils devraient parvenir à 70 %. Avec notre réseau French Tech (19 Capitales et 28 Communautés en France, 78 Communautés dans 57 pays), nous aidons les start-up dans leur expansion. Par exemple, au Japon, Exotec (solutions d’automatisation d’entrepôts logistiques) s’est appuyée sur la Communauté French Tech Tokyo. Elle dispose d’une centaine d’employés sur place et de clients industriels comme Uniqlo. L’IA a vraiment modifié le rythme de l’internationalisation. Ainsi, Doctolib a acquis Medicus Health pour pénétrer le marché des logiciels de santé au Royaume-Uni.
Au nom de la convergence innovation-business, quelles passerelles faut-il ériger entre les start-up et les grands groupes ?
J. H. – Le programme « Je choisis la French Tech » a vocation à débloquer la commande dans les secteurs privé et public. Des événements French Tech favorisent les mises en relation entre start-up et grands groupes. À VivaTech, nous avons annoncé une mise à l’échelle européenne de ce programme. Cela va dans le bon sens : selon Motherbase (veille stratégique sur l’innovation), le nombre de deals entre start-up et grands comptes a été multiplié par 10 en quatre ans, bien que les cycles de décision restent trop longs (9 à 12 mois). Cet effort nécessite aussi un changement de culture dans les directions achats en entreprise. Dans les projets d’envergure, il existe aussi une dimension de souveraineté numérique avec des modèles IA de Mistral AI déployés chez BNP Paribas, EDF et au ministère des Armées.
Comment approfondir l’ancrage territorial de la French Tech ?
J. H. – La tech irrigue les territoires. 58 % des start-up sont localisées hors de l’Île-de-France. Notre réseau permet de mettre en avant le savoir-faire industriel des régions. Par exemple, la SpaceTech est valorisée par la French Tech Toulouse. 25 entreprises de la promotion French Tech Next40/120 ont des sites de production dans 10 régions, comme Verkor (production de batteries lithium-ion pour le secteur automobile), qui a inauguré fin 2025 sa première gigafactory près de Dunkerque.
Biographie
Directrice de la Mission French Tech depuis octobre 2024, Julie Huguet pilote au ministère de l’Économie la stratégie nationale de soutien aux start-up et accompagne le développement des écosystèmes d’innovation dans les territoires.
Entre 2021 et 2024, elle a présidé la French Tech Alpes. En tant qu’entrepreneuse, Julie Huguet a fondé Coworkees (plateforme de mise en relation entre les entreprises et les travailleurs freelances), acquise par Freelance.com en 2021.
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