Zalando et le projet Circ : quand la circularité s’imbrique dans l’infrastructure industrielle de la mode
En intégrant le projet Circ, Zalando franchit une étape majeure : au‑delà d’un engagement RSE, l’entreprise s’appuie sur une technologie capable de recycler des fibres mélangées jusque‑là non valorisables, réduisant l’obstacle technique au recyclage textile. Cette démarche inscrit la circularité en amont des chaînes d’approvisionnement textile.
Le secteur de la mode a longtemps buté sur un obstacle technique aussi simple qu’essentiel : le recyclage des fibres mélangées telles que le polycoton (mélange de coton et de polyester), extrêmement répandu mais difficile à séparer et à revaloriser. C’est précisément cette barrière qu’attaque Circ, une entreprise américaine spécialisée dans le recyclage textile-to‑textile. L’entreprise américaine se démarque des autres opérateurs montants du recyclage en proposant de séparer les mélanges de polyester et de coton via un procédé hydrothermal breveté exploitant chaleur, pression et peu de produits chimiques. Là où d’autres procédés aboutissent généralement à la destruction d’une des deux fibres, celui-ci permettrait d’obtenir d’un côté du polyester recyclé et de l’autre une fibre cellulosique obtenue à partir du coton.
En rejoignant ce projet, Zalando ne se contente pas d’énoncer une ambition environnementale, mais sécurise l’accès à une innovation industrielle majeure. Le partenariat entre la plateforme de mode européenne et Circ a déjà donné naissance à une première collection Circ Lyocell sous la marque private label Anna Field, lancée en juillet 2025, qui utilise un matériau composé à 40% de déchets textiles recyclés à partir de polycoton. Ces pièces – notamment une blouse et une robe – sont fabriquées à partir de 100% de fibres Circ Lyocell, un matériau issu du recyclage de textiles mélangés, jusque‑là relégués aux incinérateurs ou aux décharges.
Le choix de lancer cette première offre via Anna Field – une des six marques privées de Zalando, souvent utilisée comme laboratoire d’innovation – n’est pas anodin. Cela permet à l’entreprise d’explorer l’intégration industrielle de matériaux circulaires tout en restant sur des segments de marché sensibles aux prix et à la praticité, et donc représentatifs d’une adoption élargie plutôt que confidentielle.
L’ouverture à de tels flux de fibres recyclées s’inscrit aussi dans une dynamique plus large de coopération industrielle. Circ, par exemple, a créé – avec des acteurs tels que Fashion for Good et Canopy – un Fiber Club réunissant des marques et des fournisseurs pour accélérer l’intégration de fibres régénérées dans les collections de nombreuses enseignes. Zalando y figure aux côtés d’autres acteurs, ce qui renforce l’idée que la circularité se construit par des écosystèmes techniques et commerciaux partagés plutôt que par des démarches isolées.
Au‑delà de la mode, ce type d’innovation technologique répond à une contrainte structurante du secteur : la majorité des déchets textiles mondiaux sont composés de fibres mélangées qui, sans procédés comme ceux de Circ, restent difficiles à valoriser. En permettant de séparer efficacement polyester et coton pour les réintroduire dans des chaînes de production de qualité, cette technologie contribue à réduire l’impact environnemental global de l’industrie textile tout en proposant des solutions commercialement viables.
Pourquoi c’est intéressant ?
L’initiative de Zalando illustre donc une évolution structurelle de la mode circulaire, où la valeur ne se crée plus uniquement dans la phase post‑consommation (collecte, seconde main ou recyclage) mais se déploie en amont dans la conception et l’approvisionnement des matières premières, rendant le modèle de production textile moins dépendant de ressources vierges.
Sources : Fashion-Network - Circ.Earth
Crédit photo couverture : ©Adobe Stock
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