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La chasse au gaspi est ouverte !

Publié le 5/05/2022

La formule lancée en 1979 retrouve toute son actualité face à la hausse des prix. Les consommateurs sont en quête de solutions pour dépenser au plus juste. De leur côté, les marques font aussi la chasse au gaspillage pour protéger leurs marges et pour répondre à de nouvelles exigences environnementales. Le Hub de La Poste ne s’économise pas et vous propose 7 initiatives qui incarnent cette tendance !

1Repetto se lance dans la précommande

Ne produire que ce qui sera effectivement vendu. C’est le principe de la précommande qui a aujourd’hui le vent en poupe dans le secteur de la mode. Asphalte, Réuni, Patine, Forlife, Janecio… De nombreuses griffes françaises se développent sur ce business model, qui commence aussi à séduire des marques traditionnelles. Repetto, mondialement connue pour ses ballerines, vient ainsi de lancer sa première production de ce genre. Il s’agit non pas d’une paire de chaussures, mais d’un sac proposé en 6 coloris. « La précommande de votre sac Poids Plume soutient un modèle de production responsable : confectionner le nombre de pièces ajusté à la demande afin d’éviter les surplus de production », revendique la marque. Autre avantage de ce modèle de production : il permet de tester l’appétence du public pour un nouveau produit, avant d’envisager une fabrication de plus grande ampleur.

Les précommandes, au prix de 300 euros, se sont terminées le 17 avril, pour une livraison d’ici au 18 mai. Vous avez manqué le créneau pour passer commande ? Pas d’inquiétude, ce type d’offres va continuer à se développer. Pour des raisons environnementales : l’industrie de la mode est l’une des plus polluantes de la planète et doit trouver des réponses face à des clients de plus en plus sensibilisés. Et aussi pour des raisons réglementaires. Depuis janvier dernier, la loi Agec (Anti-gaspillage pour une économie circulaire) interdit la destruction des invendus non-alimentaires. Ce qui permet d’éviter des abus. Certaines marques, notamment dans le monde du luxe, préféraient parfois jeter plutôt que solder. La précommande leur apporte une solution pour produire au plus juste.

Ce système permet aussi aux marques de tisser des liens plus profonds avec leur communauté. C’est ce que nous explique Rodolphe Gardies, Chief Marketing Officer d’Asphalte, pionnier de ce modèle : « Le concept même de notre marque est construit sur l’interaction avec les clients. Nous leur demandons quels seraient les vêtements idéals qu’ils aimeraient porter. Tout repose sur la co-création. » À retrouver dans son interview : Comment Asphalte conçoit des vêtement parfaits grâce aux réseaux sociaux.

2L’intelligence artificielle de Smartway aide Auchan à diminuer le gaspillage

La lutte contre le gaspillage inspire de nombreuses startups, à l’instar de Smartway. Ce pionnier de la lutte anti-gaspi a développé une intelligence artificielle qui aide les enseignes à choisir la meilleure filière – don alimentaire ou vente promotionnelle – vers laquelle orienter les produits bientôt périmés. En début d’année, sa solution était déjà en place dans 500 magasins en Europe. Depuis, elle vient de signer un contrat record avec Auchan, prévoyant d’équiper 350 de ses grandes surfaces au plus tard en juillet. « Ce partenariat va permettre à Auchan de digitaliser toute la chaîne de la fin de vie de ses produits alimentaires », explique LSA.

« L’an passé, nous avons apposé 110 millions d’étiquettes de remise pour vendre des produits à date courte. Avec ces solutions, nous allons réduire de 30 % d’ici à la fin de l’année ce chiffre », indique Philippe Brochard, Directeur général d’Auchan Retail France et Luxembourg. Concrètement, la plateforme déployée par Smartway signale chaque matin les produits bientôt périmés dans les rayons. Selon les cas, elle recommande soit de les donner à une association partenaire, soit de les vendre avec une remise dans un corner anti-gaspi. Dans ce cas, l’intelligence artificielle de Smartway calcule le taux optimal de promotion, permettant de séduire le consommateur tout en préservant la meilleure marge possible. L’outil va jusqu’à générer l’étiquette du nouveau prix de vente, une fois l’accord du chef de rayon donné.

3Monoprix expérimente un système de vrac préconditionné

Marques et enseignes se préparent à une petite révolution, également liée à la loi Agec : à partir de 2030, elle imposera aux magasins de plus de 400 mètres carrés de consacrer au moins 20 % de leur surface de vente au vrac. C’est un mode de consommation que les clients apprécient. Ils peuvent acheter la quantité exacte de produit, tout en réduisant les déchets d’emballages. Mais les marques ne sont pas toutes aussi enthousiastes. Le vrac pose en effet des problèmes logistiques (toute la supply chain a été conçue pour livrer des marchandises emballées). Par ailleurs, sans packaging, il n’est plus possible d’exprimer son image de marque sur le produit. Les marques perdent en visibilité.

C’est dans ce contexte que Monoprix expérimente un système de vrac préconditionné dans deux de ses magasins parisiens, rue Ordener et rue du Poteau. « Concrètement, une trentaine de références sont proposées dans des bocaux en verre (fruits secs, légumineuses, céréales et biscuits salés et sucrés principalement), le tout étant regroupé dans un meuble baptisé ‘La consigne du goût’ », décrit le magazine LSA. Parmi les marques, toutes françaises et « engagées », qui participent à ce test : Michel & Augustin, Alpina Savoie, Grain de Sail… Elles apparaissent sur les bocaux grâce à des étiquettes. Figure aussi un QR code permettant d’en savoir plus sur les produits (origine, ingrédients, conseils de cuisson…).

Derrière cette initiative se trouve l’épicerie en ligne Bocoloco. Elle se charge de remplir les bocaux, de les mettre en rayon et de les nettoyer après usage. Les bocaux sont consignés 1 euro. Le client récupère sa consigne quand il ramène le bocal et le dépose dans un meuble dédié. Il reçoit alors un bon d’achat de 1 euro, valable dans tout le magasin.

4The Body Shop déploie ses stations de recharge aux États-Unis

Atteindre 100 % de packagings recyclés ou réutilisés d’ici à 2030. C’est l’objectif que s’est fixé la marque britannique de cosmétiques éthiques The Body Shop. Pour y arriver, elle a commencé à équiper ses magasins de stations de « refill ». Elle propose ainsi à ses clients d’acheter un flacon en aluminium rechargeable, vendu 2,50 euros, qu’ils pourront remplir parmi un choix d’une dizaine de gels douche, shampoings, après-shampoings et savons liquides (7 euros la recharge). Une fois le flacon vide, il suffit de le rincer et de le ramener en magasin pour le recharger.

Les premières stations de recharge ont été installées en France il y a un an. Elles gagnent aujourd’hui les États-Unis, annonce Fashion Network. D’ici fin 2022, près de la moitié des boutiques américaines de The Body Shop en seront dotées. « En passant aux flacons rechargeables, nos clients pourront éviter à 32 bouteilles en plastique d’être jetées par an, indique la marque. Et ils pourront économiser plus de 80 euros par an. » L’enseigne s’est donnée 5 ans pour équiper l’ensemble de ses points de vente dans le monde.

5Too Good To Go veut devenir mainstream

Vous connaissez peut-être l’appli Too Good To Go. Cette startup est devenue une des références de la lutte anti-gaspi, autour d’une idée simple : elle met en relation ses utilisateurs avec des commerçants qui proposent, à prix réduits, des paniers de produits bientôt périmés. L’application revendique plus de 30 000 commerçants (boulangers, supermarchés, restaurants, etc.) inscrits sur sa plateforme.

« Nous comptons 11 millions d’utilisateurs en France, pour 65 millions d’habitants. Nous avons une bonne notoriété, mais Too Good To Go n’est pas encore mainstream », explique à Maddyness Pierre Boucly, Head of marketing de la startup. C’est pourquoi Too Good To Go a lancé en début d’année une campagne de publicité TV. Un investissement de plusieurs centaines de milliers d’euros. « La télévision, c’est un pari. Mais par rapport à nos ambitions, il est justifié », estime Pierre Boucly qui juge l’impact de la campagne « positif et puissant », à la fois sur le nombre de nouveaux utilisateurs et sur le nombre de commerçants qui se sont montrés intéressés en remplissant un formulaire sur le site. L’appli veille par ailleurs à se développer à l’international. Elle est déjà présente dans 17 pays. 

6Un premier site de e-commerce dédié à l’anti-gaspi

Le maillage de solutions anti-gaspi se complète sur tous les canaux. Une appli pour Too Good To Go, un réseau de magasins physiques pour Nous Anti Gaspi, et voici le e-commerce avec Antigaspi.co. Lancé en février dernier, ce site de vente en ligne est spécialisé dans les produits en dates courtes, en sur-stock ou avec un problème d’emballage ou d’étiquette, à des tarifs compris entre 20 % et 50 % du prix d’origine. La livraison est gratuite en point relais à partir de 29 euros.

Antigaspi.co compte déjà plus de 400 références de produits d’épicerie, d’hygiène, d’entretien… Les 100 marques derrière ces produits trouvent notamment dans ce circuit un moyen d’écouler leurs invendus, que la loi Agec (voir plus haut) leur interdit désormais de détruire. Antigaspi.co vise les 1 500 références et espère conquérir 10 000 clients dans les mois à venir.

7Après Londres, 500 commerces à Paris s’engagent à remplir les gourdes des passants

Des cafés, mais aussi des épiceries, des boulangers, des coiffeurs, des boutiques de cosmétiques… Plus de 500 commerces ont rejoint fin mars le réseau « Ici, je choisis l’eau de Paris ». Identifiés par un autocollant sur leur vitrine, ils s’engagent à donner gratuitement accès à un point d’eau et à permettre aux passants de remplir leur gourde. Cette opération est lancée par la régie Eau de Paris avec l’objectif de lutter contre l’usage des bouteilles en plastique. « Plus d’un Parisien sur deux boit de l’eau en dehors de son domicile, et près de trois quarts des touristes achètent des bouteilles en plastique lors de leur séjour, explique la Ville. L’initiative vise à généraliser l’usage de la gourde au détriment du contenant en plastique, qui n’est recyclé qu’une fois sur deux. »

Pour les magasins qui rejoignent ce réseau, c’est un moyen d’afficher des convictions environnementales, d’apporter un service pratique et utile à moindre coût, et de créer du trafic. La Ville de Paris s’est inspirée de l’opération « Refill London », lancée en 2018 dans la capitale du Royaume-Uni. Elle compte plus de 2 500 commerces et entreprises partenaires. Londres estime que cette initiative a permis d’éviter l’achat de plus d’un million de bouteilles en plastique.

Si vous avez soif en vous promenant dans Paris, une carte interactive recense toutes les adresses participantes.