Nathalie Liebert (Edenred) : « Le care management, ce ne sont pas seulement des convictions »
11/05/2026Chez Edenred, le care management s’impose comme un levier de performance. Leader des avantages sociaux et des récompenses aux salariés (Ticket Restaurant, Kadéos…), il en a fait son crédo : « Enrichir les liens. Pour le bien. » Pour Nathalie Liebert, DRH et membre du comité de direction, l’épanouissement des collaborateurs contribue à la croissance de l’entreprise. Les résultats le prouvent : des indicateurs d’engagement en progression et une attractivité renforcée. Elle détaille les clés d’un modèle où la joie au travail devient un facteur de compétitivité.
Qu’est-ce que le care management et comment se traduit-il chez Edenred ?
Nathalie Liebert – Le « care management » associe l’épanouissement du collaborateur à la performance de l’entreprise. L’un ne va pas sans l’autre. En tout cas, pas de manière durable. Pour Edenred, c’est une évidence, car bien-être et engagement forment à la fois notre crédo et notre cœur d’activité. Nous accompagnons nos collaborateurs dans leurs parcours au sein de l’entreprise, en fonction de leurs moments de vie. Par exemple, ils ont accès au dispositif CESU (chèque emploi-service universel), qui fait partie de notre offre de services : aides aux devoirs pour les jeunes parents, ménage à domicile pour ceux en pleine activité, assistance pour les personnes en situation de handicap ou les aidants. Ma conviction, c’est aussi que la santé constitue un axe essentiel du « Care ». Quand on arrive dans une entreprise, on vient avec sa santé, plus ou moins florissante. Or, l’entreprise peut agir sur ce plan. Nous travaillons beaucoup sur la prévention avec notre programme AWARE (ndlr : « conscient » en français). Cela se traduit notamment par des conférences, accessibles en replay, qui traitent de sujets comme le sommeil, le diabète ou les addictions. Récemment, après l’intervention d’un cardiologue, de jeunes collaborateurs ont pris conscience de l’importance de prendre soin de leur cœur très tôt. Nous avons même intégré au sein de la DRH une infirmière qui accueille au siège d’Edenred les salariés qui le souhaitent. Mais faire du management de l’attention ne demande pas forcément beaucoup de moyens ni de réinventer la roue. Nous venons ainsi de signer une charte avec l’association « Cancer at Work », ce qui nous aide à dédramatiser ces situations (annonce de la maladie au manager, adaptation du temps de travail en cas de chimiothérapie). Globalement, 10% des effectifs d’une entreprise peuvent être confrontés, directement ou indirectement, à cette maladie.
Le care management, enfin, ce ne sont pas seulement des convictions : ce sont aussi des résultats. Un des chiffres dont je suis la plus fière est notre taux d’emploi de salariés en situation de handicap (6%, contre 4% en moyenne en France). Et depuis quatre ans, notre score d’engagement continue à progresser, alors qu’il a tendance à se dégrader ailleurs depuis le Covid.
Le rôle des managers est en pleine évolution (flexibilité du travail, changements de structures, pression sur la rentabilité…). Comment parvenir à les motiver malgré ces nouveaux défis ?
N. L. – Devenir manager ne va plus de soi, comme en témoigne le film de Samuel Durand*. Rien de tel chez Edenred. Nous reconnaissons leur importance et nous avons mis en place un accompagnement renforcé. Celui-ci s’adresse à nos 50 directeurs (les « Eden Leaders ») et à nos 200 managers : formation obligatoire de cinq jours pour tous les nouveaux managers, communication dédiée pour partager l’information en amont, incitation au co-développement et à l’entraide entre managers. Avec les directeurs, nous menons régulièrement des réflexions sur notre culture d’entreprise : quels sont nos piliers ? Le droit à une deuxième chance, l’importance de l’attitude autant que de la performance, et la culture du feedback. Ainsi, chacun dans l’entreprise peut envoyer une e-card de reconnaissance, visible par tous (remerciements, félicitations, anniversaires), via la plateforme Hello.
IA et formation, compétences acquises plutôt que diplômes… Comment faire de la montée en compétences un levier à la fois de compétitivité et d’épanouissement individuel ?
N. L. – Mon ambition est de créer une organisation apprenante, où chacun peut apprendre et développer ses compétences. Avec un double objectif : servir la stratégie de l’entreprise et permettre aux collaborateurs de renforcer leur employabilité. Car tout ne dépend pas de l’entreprise. C’est aussi à nos collaborateurs de se préparer à la transformation de leurs métiers. Nous mettons des outils à leur disposition, avec trois niveaux de formation : celles liées à la stratégie (business), celles liées à la mobilité ou à une promotion, enfin celles qui répondent à des intérêts individuels. Nous avons créé un campus virtuel regroupant e-learning et parcours structurés. À fin mars 2026, 56% de nos collaborateurs avaient suivi une formation depuis le début de l’année. L’IA s’inscrit dans cette montée en compétences. Nous proposons une IA générative en interne, baptisée Eden Chat. Mais ce n’est pas tout, car nous voulons embarquer l’ensemble des collaborateurs. Un outil ludique, Mendo, les incite à progresser, comme dans un jeu. Nous préparons également le déploiement de « Genius Bar » sur le modèle d’Apple. Nos champions de l’IA, repérés dans nos équipes, pourront y prodiguer des conseils.
Quels dispositifs mettez-vous en place pour intégrer les jeunes générations, répondre à leur besoin de reconnaissance et renforcer leur engagement ?
N. L. – Pour les jeunes, ceux qui arrivent sur le marché du travail, la priorité est donnée à la communication et à la transparence. Ils recherchent aussi la flexibilité, mais pas nécessairement le télétravail, comme on le dit souvent. Nous répondons à ces demandes en donnant du sens à nos actions, notamment à travers nos engagements RSE et écoresponsables. Nous offrons aussi jusqu’à deux jours par an, sur le temps de travail, pour permettre à chaque collaborateur de s’investir dans des actions associatives. Au-delà, nous sommes déterminés à faciliter l’intégration des jeunes dans le monde du travail (tutorat à l’arrivée, accueil de 60 à 70 apprentis par an). C’est capital pour l’attractivité et la fidélité des salariés à long terme. La reconnaissance, cela ne coûte rien. Et pourtant, cela contribue réellement à la réussite de l’entreprise.
Biographie de Nathalie Liebert
Diplômée de l’IGS et de Sciences Po Executive Education, Nathalie Liebert a démarré sa carrière en 1991 au sein du groupe pharmaceutique Merck. Elle rejoint en 2004 le groupe VWR International où elle occupe plusieurs fonctions avant d’intégrer le comité exécutif comme directrice des ressources humaines France. En 2018, elle poursuit sa carrière chez LEO Pharma en tant que directrice des ressources humaines pour la France, le Canada et le Benelux. La même année, elle remporte le trophée du DRH Entrepreneur, décerné par le groupe RH&M. En 2021, enfin, elle rejoint Edenred France en tant que directrice des ressources humaines, et membre du comité de direction. Elle a en charge les ressources humaines, la RSE, la communication interne et le facility management.
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