Frédérique Jeske • Le leadership de l’authenticité

15/05/2023

Frédérique Jeske est fondatrice et dirigeante de USKOA Partners, un cabinet qui accompagne les entreprises sur le chemin de la performance plurielle, qu’elle soit d’ordre économique, social ou sociétal. Pour cela, elle prône un leadership responsable et engagé qui s’exerce à chaque niveau hiérarchique.

jeskeFrédérique Jeske 
Fondatrice et dirigeante de USKOA Partners

Comment cette période de transition est-elle vécue par les dirigeants et dirigeantes que vous accompagnez au quotidien ?

La période que nous vivons est passionnante, mais vraiment complexe pour ne pas dire anxiogène. L’entreprise fait face à beaucoup d’incertitudes et d’événements inattendus. Pour les dirigeants, il est impératif de se mettre en capacité de gérer le “business as usual” tout en faisant face aux crises qui s’enchaînent, aux enjeux de transformation, au marché de l’emploi en tension, aux nouvelles exigences des collaborateurs. Trop de sujets s’accumulent et tous sont prioritaires. Aujourd’hui, le véritable enjeu pour les dirigeants est bien de concilier le temps court de l’entreprise et le temps long de la transformation et de la stratégie. Il faut pouvoir reconstruire ce rapport au temps pour faire cohabiter ces deux polarités.

Même si le leadership se conjugue de plus en plus au pluriel, on attend encore beaucoup de la figure du leader en tant que dirigeant ou dirigeante, chef ou cheffe d’équipe ?

Oui, effectivement, il y a beaucoup d’attentes à l’égard du leader de la part de ses parties prenantes. Il est toujours très regardé, mais il ne peut plus incarner l’autorité unique et verticale. Il s’agit désormais d’exercer une autorité d’influence qui va porter la confiance et le développement.
J’aime rappeler que le mot “autorité” vient du latin “augere” qui veut dire augmenter, grandir, et donc faire grandir. Il faut développer cette capacité à favoriser l’engagement autour de soi lorsqu’on est dirigeant. De plus en plus, le leader est conscient que, pour transformer l’entreprise, il faut d’abord travailler sur soi. La transformation est d’abord “une porte qui s’ouvre de l’intérieur”. Pour porter de front tous ces enjeux, il est impératif d’avoir du recul, de se connaître et d’être allé à la rencontre de son leadership personnel, de se faire confiance et de s’estimer pour faire rayonner les autres.

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On en vient à parler du leadership responsable que vous prônez. Comment le définiriez-vous ?

Je vois de plus en plus de dirigeants et dirigeantes qui ont la volonté de s’ouvrir, d’avoir un impact positif, notamment les dirigeants de PME parce qu’ils ont envie de contribuer au développement économique et social de leur territoire. Les entreprises patrimoniales incarnent par exemple souvent ce leadership responsable et les grandes entreprises commencent à suivre. Le leader est un bâtisseur de ponts : il doit être capable à la fois d’articuler une vision assez claire de l’entreprise et en même temps d’écouter, de s’ouvrir aux autres pour se remettre en question en continu. Il faut savoir instaurer une culture d’entreprise, une culture managériale aussi, et ça n’a rien d’évident. Cela nécessite de faire bouger les relations de travail, de changer cette verticalité hiérarchique, ce qui demande un certain courage. Le leader engagé va réellement se mettre en mouvement au service des équipes, d’un projet, de l’entreprise, dans le but de conjuguer une performance plurielle, sociale et sociétale. Il est essentiel d’incarner les valeurs humaines auxquelles on croit et d’être aligné avec le projet que l’on porte.

Oui, vous semblez beaucoup remettre l’humain au cœur des échanges.

Depuis la crise Covid on n’en a jamais autant parlé ! Mais quand je dis qu’il faut se recentrer autour de l’humain, cela veut dire aussi que le leadership n’est pas un sujet qui concerne uniquement les dirigeants et les managers, tout le monde peut l’incarner à son échelle, chacun peut faire preuve de leadership personnel. Cette approche est cruciale, parce qu’elle permet de développer le collectif. Je travaille beaucoup sur la vocation profonde de la personne que j’accompagne, mais également sur les biais cognitifs et les croyances limitantes. Et, bien sûr, nous réfléchissons sur les enjeux de l’ego, c’est-à-dire comment s’ouvrir aussi à ses émotions, sa vulnérabilité, son authenticité.

Avez-vous recours à des outils pour faciliter l’introspection ?

Oui, j’utilise par exemple l’IKIGAI. C’est une façon de penser imaginée par les Japonais d’Okinawa et qui signifie “pourquoi la vie vaut la peine d’être vécue”. Ça semble assez simple mais c’est une démarche d’introspection intéressante et utile, parce qu’en quelques minutes on va pouvoir identifier clairement et précisément notre vocation profonde. Aujourd’hui, on parle beaucoup de la raison d’être des entreprises, cet exercice permet aussi de définir sa raison d’être personnelle. Cette introspection se fait facilement et nous aide à trouver notre zone de génie entre ce qu’on aime faire, ce qui nous passionne, ce pourquoi on est doué, ce que l’on sait faire, ce pourquoi nous sommes rémunérés et dont notre environnement a besoin. C’est très précieux et utile pour clarifier la vision que l’on souhaite porter pour son entreprise.

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