Photo portrait de Nicolas Cruaud

Portraits

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Nicolas Cruaud : il transforme les déchets en cailloux pour réduire les émissions de CO2

Nicolas Cruaud a développé une solution d’écologie industrielle qui transforme les déchets en matériaux de construction, sans impact sur le climat. Son objectif : la déployer massivement pour réduire les émissions de CO2 de la France. En 2023, il a bouclé quatre levées de fonds pour ouvrir de nouvelles usines.

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Aujourd’hui, Néolithe emploie 200 salariés

Quand Nicolas Cruaud était étudiant, son père l’a appelé un jour pour lui proposer une idée : accélérer la fossilisation des déchets, qu’il avait conceptualisée dans une machine qui transforme les déchets en cailloux. « Mon père est tailleur de pierres en Anjou, il travaille le tufeau, c’est-à-dire la pierre calcaire des châteaux de la Loire. Or, le calcaire est le produit des poissons du Crétacé qui ont sédimenté au fond des océans : pourquoi ne pas appliquer ce procédé naturel aux déchets d’aujourd’hui en l’accélérant ? J’ai creusé l’idée pendant le reste de ma scolarité à Polytechnique, et avec l’aide de mon père et de mon associé, Clément Bénassy, on a eu l’idée de lancer Néolithe, en 2018. » Aujourd’hui, Néolithe emploie 200 salariés dans une usine près d’Angers (49), qui transforme les déchets non recyclables des ménages et des industriels en matériaux de construction. « En France, on produit 30 millions de tonnes de déchets non recyclables, qui finissent enfouis ou incinérés, et ces deux modes de traitement émettent autant de CO2 que le transport aérien. » 

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Une farine de déchets qui devient pâte à modeler

Le procédé de Néolithe est relativement simple. Il consiste à mélanger ces déchets, à les broyer très finement jusqu’à produire une « farine » de déchets, et à ajouter des liants minéraux qui sont la recette secrète de Néolithe. Le résultat est une pâte à modeler minérale qui est pressée fortement pour être transformée en gravier. « Le processus se fait à froid, consomme très peu d’énergie, et le produit final est utilisable comme un caillou de carrière pour faire du béton ou de l’enrobé de chaussée. L’empreinte carbone est très faible parce que le carbone contenu dans les déchets est séquestré pour l’éternité dans le caillou. Si on pouvait traiter tous les déchets produits en France par fossilisation accélérée, on pourrait réduire de 7 % l’empreinte carbone du pays. C’est monstrueux pour une seule technologie ! » Pour Nicolas Cruaud, deux leviers permettent de démultiplier à très grande échelle l’impact d’une innovation : l’entrepreneuriat et l’industrie. « L’entrepreneuriat industriel, c’est le meilleur moyen d’avoir un impact significatif sur le monde si on le met au service de l’écologie. L’écologie du quotidien c’est bien, mais elle ne peut pas résoudre la crise climatique. Il faut faire de l’écologie industrielle, et c’est ce qui m’intéresse dans Néolithe. » 

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Des capitaux et de l’optimisme

Mais l’écologie industrielle consomme beaucoup de capital : en 2023, Néolithe a levé 60 millions d’euros pour développer des fossilisateurs d’une capacité de 100 000 tonnes de déchets par an, ouvrir d’autres usines et exporter son concept, et il s’apprête à recommencer en 2024. Pour convaincre les investisseurs, il faut une qualité dont Nicolas Cruaud ne manque pas : l’optimisme. « Je vends le concept à l’extérieur, je donne le cap aux équipes, dans un secteur dominé par de grosses industries qui n’ont pas grand-chose à faire pour que l’argent tombe tous les mois. Sans optimisme, si on n’est pas convaincu qu’on peut changer les choses et révolutionner le secteur malgré toutes les difficultés, on a perdu avant de commencer ! » 

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Son père, « un créatif incroyable »

Aux sources de son inspiration, Nicolas Cruaud pense d’abord à son père, « un créatif incroyable ». « Il n’est pas un startupeur, mais ça ne l’empêche pas d’avoir des idées très pragmatiques. Il considère que les gens ne réfléchissent pas aux solutions parce qu’ils subissent beaucoup de contraintes et d’injonctions contradictoires : “Si ça marche comme ça, c’est que d’autres y ont pensé, je ne vois pas pourquoi j’aurais une meilleure solution”, alors qu’il y a toujours mieux à faire ! Ce n’est pas du tout une mentalité d’ingénieur, mais elle permet d’innover. » 

Parcours

Nicolas Cruaud

1996 : Naissance.

2016 : Entre à Polytechnique.

2019 : Création de Néolithe avec Clément Bénassy.

2023 : Lève 60 millions d’euros pour développer Néolithe.

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