Caroline Mignaux : « Le personal branding, c'est une assurance-vie »
Caroline Mignaux : « Le personal branding, c'est une assurance-vie »
Pour se distinguer dans un monde du travail globalisé, la visibilité personnelle est devenue un levier stratégique indispensable aux entrepreneurs et aux dirigeants. Pour Caroline Mignaux, fondatrice de l’Agence personnelle, développer sa marque n’est plus un exercice de communication mais un véritable capital économique.
Face à l’IA, l’authenticité est un avantage compétitif
Raconter sa vie, c’est un bon moyen de se distinguer sur les réseaux sociaux. Pas si simple, avertit Caroline Mignaux, qui a fondé l’Agence personnelle en 2024, pour aider entrepreneurs et dirigeants à structurer leur présence en ligne. « Le personal branding rend visible des compétences noyées dans l’anonymat et chacun doit devenir son propre agent et son propre commercial pour se différencier. » Mais la multiplication de contenus et la saturation des réseaux changent les règles du jeu : les contenus trop léchés ou générés par IA perdent de leur impact. « Ce qui cartonne, c’est le raw, c’est-à-dire le contenu brut, artisanal, amateur, l’ugly content, le contenu affreux. Les visuels doivent être imparfaits et montrer tout ce qu’une IA ne peut pas produire. » En résumé : ne pas être le plus sophistiqué, mais le plus humain et le plus authentique.
La mise en avant de soi
L’idée d’Agence personnelle, Caroline Mignaux l’a eue à son retour de New York, où elle a passé près de neuf années à travailler dans le marketing et le e-commerce pour Danone Waters et Maison Kayser. En cherchant un emploi en France, elle se rend compte que son expérience américaine se valorise mal à Paris, où marketing et communication sont confondus. « À New York, la mise en avant de soi et de son travail est beaucoup plus naturelle. » Elle finit par décrocher un poste de directrice de la communication chez Upply, une marketplace du transport de fret : « Ce que je faisais n’avait rien à voir avec la communication. Ça m’a poussé à construire ma propre marque personnelle sur LinkedIn, YouTube, et Instagram, et je suis passée d’une personne qui poste à un média. » Elle découvre que sortir de l’anonymat a un coût : « En devenant visible, je m’exposais à toutes les critiques, ce que le psy Serge Tisseron appelle l’extimité, c’est-à-dire l’intimité projetée hors de soi. » Aujourd’hui, son calendrier éditorial est calé comme une grille de programme télé : « Checklist le lundi, vidéo conseil le mercredi, live le jeudi, billet personnel le vendredi. Chaque post provient de mon expérience directe, je les rédige seule sans IA, et mon planning de diffusion est quasi militaire ! Avec des résultats : une photo de checklist manuscrite soulignée au stabilo publiée récemment a fait 100 000 vues. »
La visibilité publique a un coût
Mais acquérir une influence sur les réseaux sociaux implique des responsabilités. « Quand vous devenez visible, vous signez un pacte : vous êtes redevable de ce que vous dites. Vos prises de parole doivent donc être stratégiques et réfléchies. » Et attention aux écueils, comme le jargon : « Vouloir paraître intelligent est une erreur, car l’élitisme ne paie pas. Le contenu qui marche, c’est celui qui rend une idée complexe accessible à tous. » Autre erreur : l’irrégularité, envoyer trois posts frénétiques puis se résigner au silence, faute de temps. Déléguer le contenu à une tierce personne risque d’affadir les publications, et viser les likes pour accroître sa visibilité sera moins valorisé qu’afficher une expertise. « La substantifique moelle, c’est le vécu du dirigeant, sa personnalité, les coulisses de son travail, ses vulnérabilités », insiste-t-elle. « C’est le contraire de toutes les théories sur le personal branding qui disent : ‘osez, dites tout ce qui vous passe par la tête’. Elles envoient les dirigeants au casse-pipe ! »
Le personal branding, un levier de business
Lorsque le personal branding est aligné avec la valeur et la vision de l’entreprise, il peut devenir un vrai levier de business. Caroline Mignaux cite les exemples d’Avi Bitton, devenu en trois ans l’avocat le plus suivi de France, ou d’Olivier Mathiot, co-fondateur de Priceminister, qui mixe audience massive et croissance d’entreprise. « Le personal branding, ce n’est pas un accessoire de carrière, c’est un capital qui existe indépendamment de l’entreprise. Si demain mon entreprise disparaît, mon audience reste, et je peux relancer un business immédiatement. » Le personal branding est comme une assurance-vie professionnelle, en quelque sorte. « La prochaine étape sera le retour aux expériences dans la vraie vie. Les entrepreneurs développent de plus en plus d’événements, de clubs ou de communautés réelles autour de leur audience. » Une manière de transformer l’influence numérique en relations durables.
Caroline Mignaux en 5 dates
2011 – Diplômée du CELSA
2013 – Entre chez Danone Waters puis Maison Kayser à New York
2015 – Fondatrice de la marque Emma and Chloé à New York
2020 – Retour à Paris et lancement du podcast Marketing Square
2024 – Co-fondatrice d’Agence personnelle, dédiée au personal branding, et sortie de son livre From zero to hero : bâtir son influence sur les réseaux
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